Angoulême
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Deux mille ans d'histoire angoumoisine

Du promontoire gallo-romain d'Iculisma aux comtes médiévaux, de Marguerite d'Angoulême à la papeterie qui fit la gloire de la Charente, jusqu'à la renaissance contemporaine en capitale mondiale de la bande dessinée : Angoulême porte deux millénaires d'histoire dans ses pierres.

Des origines gauloises à l'oppidum romain

Avant même la conquête romaine, un peuple gaulois, les Santons puis surtout les Pictons, avait reconnu la valeur stratégique du promontoire calcaire qui domine la Charente. C'est à l'époque romaine, au tournant du Ier siècle de notre ère, que le site prend le nom d'Iculisma — latinisation d'un toponyme gaulois signifiant sans doute « hauteur » ou « forteresse ». Des variantes médiévales comme Ecolisna témoignent de la continuité de ce nom jusqu'au Moyen Âge.

La cité romaine s'organise autour d'un forum, d'un réseau de voies et d'une enceinte dont quelques portions sont encore partiellement visibles. Iculisma était un nœud routier secondaire reliant Saintes (Mediolanum Santonum), capitale de la province d'Aquitaine, à Poitiers (Limonum). Des fouilles archéologiques menées en ville haute ont mis au jour des fragments de mosaïques, de céramique sigillée et des monnaies témoignant d'une activité urbaine continue du Ier au IVe siècle.

Le comté médiéval et les grands comtes d'Angoulême

À la dissolution de l'Empire carolingien, Angoulême devient le centre d'un comté indépendant. Les comtes d'Angoulême — parmi lesquels Guillaume Taillefer, Foulque, puis les Lusignan — gouvernent un territoire qui correspond à peu près à l'actuel département de la Charente. La ville est âprement disputée entre les couronnes de France et d'Angleterre tout au long des XIIe et XIIIe siècles ; le traité de Brétigny (1360) la remet provisoirement aux Anglais.

C'est à cette époque médiévale que s'édifient les monuments qui caractérisent encore la ville haute : la cathédrale Saint-Pierre, consacrée en 1128 dans un style roman poitevin remarquable, et les premières enceintes fortifiées qui protègent le plateau. La ville haute se structure autour du palais comtal (à l'emplacement de l'actuel hôtel de ville), du chapitre cathédral et des couvents qui jalonnent les rues.

Marguerite d'Angoulême : la plus illustre fille de la cité

En 1492, Angoulême accueille la naissance d'une figure qui marquera durablement la Renaissance française : Marguerite d'Angoulême (ou de Valois), sœur du roi François Ier. Érudite, mécène et écrivaine, elle épouse en 1527 Henri d'Albret et devient reine de Navarre. Son œuvre principale, l'Heptaméron, est un recueil de nouvelles en prose achevé vers 1547, clairement inspiré par le Décaméron de Boccace, et constitue l'une des premières grandes proses narratives en langue française.

Le frère de Marguerite, François d'Angoulême, monte sur le trône de France en 1515 sous le nom de François Ier. Ce lien royal conféra à Angoulême un prestige particulier : la cité comtale devenait — brièvement — une antichambre de la cour de France. L'influence de Marguerite, proche des cercles évangéliques et humanistes, fera d'Angoulême un foyer de la prépensée réformée, semant les graines des tensions religieuses à venir.

La papeterie et l'industrie de la Charente (XVIe–XIXe s.)

Dès le XVIe siècle, la vallée de la Charente en aval d'Angoulême se couvre de moulins à papier. La combinaison d'une eau douce abondante, d'un réseau fluvial navigable rejoignant l'Atlantique via Saintes et Rochefort, et d'une tradition artisanale solidement ancrée fit de la région l'un des grands centres papetiers d'Europe. Au XVIIe siècle, les papiers angoumoisins alimentaient les presses hollandaises et les imprimeries de toute l'Europe du Nord.

L'industrie papetière atteint son apogée au XVIIIe siècle, avant de connaître une profonde mutation avec la mécanisation du XIXe siècle. Les grandes familles bourgeoises qui en avaient tiré leur fortune financèrent hôtels particuliers et institutions charitables. Le musée du Papier « Le Nil », installé dans une ancienne papeterie des bords de Charente, témoigne encore de cette industrie fondatrice. La cartoucherie nationale implantée à Angoulême au XIXe siècle représentait une autre branche industrielle majeure, encore présente dans le paysage économique local.

Guerres de Religion et troubles modernes

Les guerres de Religion (1562–1598) frappèrent durement Angoulême. La ville passa plusieurs fois de mains en mains entre catholiques et protestants. En 1568, les huguenots s'emparèrent de la ville et de sa cathédrale, dont ils détruisirent une partie du mobilier. La paix de revint lentement après l'édit de Nantes (1598), mais la révocation de celui-ci en 1685 provoqua une nouvelle vague de départs de protestants angoumoisins, affaiblissant momentanément la bourgeoisie commerçante et artisanale.

Le XIXe siècle : Abadie, le chemin de fer et la modernisation

Le XIXe siècle transforme profondément la physionomie de la ville. L'architecte Paul Abadie (1812–1884), natif d'Angoulême et futur concepteur du Sacré-Cœur de Paris, dirige d'importants travaux de restauration de la cathédrale Saint-Pierre (1852–1875). Ses interventions, marquées par un style néo-roman parfois plus imaginatif que strictement fidèle, ont été depuis diversement appréciées, mais elles ont incontestablement sauvé l'édifice d'une ruine avancée.

L'arrivée du chemin de fer à Angoulême en 1852 relie la ville à Paris et à Bordeaux, déclenchant une expansion de la ville basse autour de la gare — le quartier de L'Houmeau — et relançant l'économie industrielle. La Belle Époque voit l'aménagement de larges avenues, la construction d'un nouveau marché couvert et le développement des transports urbains.

La Seconde Guerre mondiale : Occupation et Libération

Angoulême est occupée par les forces allemandes à partir de juin 1940. La ville, située en zone occupée dès l'armistice, souffre des restrictions et de la collaboration administrative, mais abrite également des réseaux de résistance actifs. Le camp de Rivesaltes et le transit de déportés à travers la région restent des pages sombres de cette période. La Libération d'Angoulême intervient à la fin du mois d'août 1944, avec l'entrée des forces françaises libres et le soulèvement des résistants locaux.

La renaissance culturelle : capitale de la BD depuis 1974

La seconde moitié du XXe siècle est marquée par les transformations économiques que connaissent toutes les villes françaises moyennes : déclin industriel, exode rural, crise de l'emploi. La réinvention d'Angoulême passe alors par un pari culturel audacieux. En 1974, la ville accueille pour la première fois le Salon international de la bande dessinée, une initiative de trois passionnés — Francis Groux, Claude Moliterni et José Taffanel — qui souhaitaient faire venir à Angoulême les auteurs et éditeurs de BD dispersés dans les salons parisiens.

Ce salon est devenu le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême (FIBD), le plus grand rendez-vous de la BD en Europe et le deuxième mondial après le San Diego Comic-Con. Il a transformé la ville en un territoire de l'image : Cité de la bande dessinée, pôle d'animation Magelis, écoles d'art, murs peints géants… En 2026, après un conflit de gouvernance, le festival a été annulé ; la ville a organisé un événement alternatif gratuit, « Le Grand Off », et une renaissance du FIBD est annoncée pour 2027.

Chronologie : jalons d'une histoire bimillénaire

  • Ier s. ap. J.-C.

    Iculisma, cité gallo-romaine

    Le promontoire calcaire est urbanisé sous l'Empire romain ; forum, enceinte et réseau viaire structurent la cité.

  • IXe–Xe s.

    Le comté d'Angoulême

    Angoulême devient capital d'un comté indépendant ; les comtes de la maison Taillefer puis Lusignan étendent leur influence sur le Poitou et la Saintonge.

  • 1128

    Consécration de la cathédrale Saint-Pierre

    L'évêque Girard II consacre la cathédrale romane, chef-d'œuvre du roman poitevin dont la façade sculptée demeure unique en France.

  • 1492

    Naissance de Marguerite d'Angoulême

    Sœur du futur François Ier, future reine de Navarre et auteure de l'Heptaméron, elle naît au château d'Angoulême.

  • XVIe–XVIIe s.

    Essor de la papeterie charentaise

    Des dizaines de moulins à papier s'établissent dans la vallée de la Charente, faisant de la région un fournisseur majeur des presses européennes.

  • 1562–1598

    Guerres de Religion

    Angoulême est prise et reprise par huguenots et catholiques ; la cathédrale est partiellement vandalisée en 1568.

  • 1852

    Arrivée du chemin de fer

    La ligne Paris–Bordeaux passe par Angoulême, stimulant l'expansion de la ville basse et la modernisation industrielle.

  • 1852–1875

    Restaurations d'Abadie

    Paul Abadie mène la restauration néo-romane de la cathédrale Saint-Pierre et de l'hôtel de ville, redessinant la silhouette de la ville haute.

  • Août 1944

    Libération d'Angoulême

    Les forces françaises libres et la Résistance locale libèrent la ville de l'occupation allemande après quatre années d'occupation.

  • 1974

    Naissance du festival de la BD

    Le premier Salon international de la bande dessinée ouvre ses portes à Angoulême, posant la première pierre de la capitale mondiale du 9e art.

  • 2026–2027

    Crise et renaissance du FIBD

    Le festival de 2026 est annulé après un conflit de gouvernance ; la Ville organise « Le Grand Off », événement gratuit. Un renouveau du FIBD est annoncé pour 2027.